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 Un habitant emménage à Tarme; population doublée.

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Sam 28 Fév - 19:03



worlov
26/02/2021: Reprendre le Travail

Un soleil froid se lève sur Tarme, et filtre à peine jusqu’à la cabane où je m’éveille. Le voyage a été particulièrement long et pénible. Un mois de traversée à ne rien pouvoir faire sur leur ferry maudit, après l’embarquement à Carmin sur Mer. Un mois sans pouvoir travailler convenablement, à ne sortir de ma cabine que pour les repas en classe économique, foncièrement abêtissants, entouré de mes semblables désargentés. Heureusement, beaucoup sont rapidement descendus lors de l’escale à Irisia. J’ai finalement été relativement tranquille à mon niveau, peu de gens semblent vouloir se rendre en Alcea en plein hiver.
Nous avons été débarqués dans la ville d’Hopa, en fin d’après-midi, le 19 février. Un vent cinglant mordait le port, j’étais plus que satisfait d’avoir enfilé ma blouse doublée. Heureusement que je m’étais organisé à l’avance. Rien n’aurait été plus exaspérant que d’avoir à attendre l’arrivée d’un taxi avec mes bagages encombrants, dans le froid. La camionnette m’attendait déjà dans le parking du port, un modèle vieillot et sale. Un type engoncé dans des pulls en wattouat portait un petit écriteau marqué au feutre, « Garand Worlov ». Son bonnet lui retombait sur les yeux, et son écharpe lui barrait la bouche. Il avait beau faire froid, c’était clairement excessif.
Je me suis présenté, Il m’a demandé de m’installer à l’avant pendant qu’il allait s’occuper de mes bagages. Il a ensuite sorti un ursaring d’une superball, qui s’est chargé de soulever les deux lourdes malles et les charger à l’arrière de la camionnette. Celle-ci sentait le renfermé et le vieux similicuir, encombrée de babioles en tout genre. De toute évidence, la société de déménagement n’est pas forcément sur la meilleure pente.
Quelques secondes plus tard, le type en pulls c’est assis derrière le volant, posant sa ball sur le porte-gobelet. Il a enfin baissé un peu son écharpe, m’a fait un vague sourire avant d’enfin mettre le contact. Nous quittâmes assez vite Hopa, qui avait cet aspect de ville prise entre deux époque, entre ses docks modernes et ses vieux quais à pavés de pierre sur lesquels nous roulèrent pour sortir de la ville. Les constructions étaient un mélange bâtard de structures modernes au design lisse et miroitant et d'immeubles anciens en brique foncée, du plus bel effet dans le soleil rasant de ce début de soirée.
Après la mer vint la route. Par chance, ce ne fut pas la pire partie du trajet. Mon chauffeur était silencieux, taciturne même, concentré sur sa conduite. Je n’aurais pas demandé mieux. Nous faisions des pauses toutes les quatre heures, sur la longue route dix, au milieu d’une plaine à peine vallonnée, qui le premier jour avait encore des odeurs de brise marine. Finalement, nous nous arrêtâmes après minuit dans un motel minable et inconfortable, mais, écrasé de fatigue et enivré de l'air frais de la côte, je m'endormis immédiatement. Nous reprîmes le lendemain matin une journée bien semblable.

Dans la matinée, mon chauffeur avait choisi d’allumer la radio, sur une chaîne pop Unysienne des vieux tubes de la fin des années 90, qu’il passait à bas volume pour ne pas me déranger. Les accents yéyés ne m’enchantaient pas plus que ça, mais la fatigue accumulée du voyage m’avais mis dans un état un peu second. Je décidai donc de ne pas relever et de laisser les agaçantes mélodies défiler avec les kilomètres.
Dans le courant de la soirée, nous traversions enfin le Niniel, à quelques heures de Frewick, où nous allions passer la seconde nuit. L’hôtel n’était pas tellement plus reluisant que celui de la route 10, et cette fois ci sans le revigorant air marin. Je ne saurais dire si c’est de savoir que Frewick est le quartier général des rangers du monde entier qui m’a fait m’y sentir mal à l’aise, mais je ne regrettais pas de partir la première heure le lendemain, après un petit déjeuner frugal, mais au moins bien préparé par le service.
La traversée de la plaine d’Hehta, couverte de champs sombres, avait quelque chose d’un peu triste. Sans doute qu’en été, elle doit luire de mille couleurs, mais en ce mois de février, elle était morne et vide. Deux ou trois fois, le déménageur-chauffeur avait vaguement essayé de nouer la conversation avec moi, mais s’était assez vite rendu compte que ça ne nous menait pas tellement plus loin que de commenter le petit fond d’air frais et la couleur des Ecremeuhs que l’on dépassait. Il voulait quand même savoir qui j’étais, ce qui m’amenait en Alcea. Je restais évasif, répondant par des questions un peu creuses sur son ursaring, « vraiment bien dressé », dont il n’était d’ailleurs pas peu fier. Je profitais que son maître le fasse sortir à l’une de nos pauses pour le scanner en vitesse avec le pokédex. J’avais acheté la machine au rabais avant de partir de Safrania, ayant appris un peu tard que les candidatures pour les postes scientifiques en Alcea, réglementées par la VK corp, n’étaient accessibles que sur présentation d’un rapport de pokédex. L’encyclopédie primitive, un antique Handy505, m’avait demandé de configurer moi-même les régions à y incorporer, et se contentait d’afficher un listing minimaliste de noms d’espèces et un compteur de captures. Le mien affichait un ridicule 1, suivi du non moins ridicule 2 d’espèces vues : Porygon et Ursaring.

Nous quittâmes finalement la plaine, passant Domuraille sans nous arrêter, pour bifurquer finalement sur la route 12. L’horizon était désormais encombré par le massif du Lossë, qui grandissait régulièrement alors que nous nous en rapprochions. Les virages se firent de plus en plus nombreux, alors que nous arrivions à Wilma dans l’après-midi.
Nous n’étions désormais plus très éloignés de Tarme, mais la route qui restait à faire était autrement plus difficile que les autoroutes goudronnées que nous avions empruntées. Il fallait désormais monter, traverser un premier col, puis les bois d’Aldëa.
Wilma était sous la neige. Ce n’était pas une tempête, mais une lente chute qui tenait encore à peine, avec le léger redoux de la fin du mois. Les bâtisses étaient plus basses que les buildings de Frewick et d’Hopa, et avaient aussi plus de cachet, mélangeant pierre et bois sombre pour les charpentes. Cette fois-ci, j’eus enfin l’impression que l’hôtel où nous passâmes la nuit était digne de ce nom, tout comme la venaison d’Excavarenne que je pus m’offrir pour bien moins cher qu’à Kanto, que je savourai avec délices. Nous partîmes tôt dans la matinée, après avoir installé les pneus neige qui allaient devenir indispensables, et avoir fait quelques courses de provisions fraiches au marché de Wilma.
La traversée du col de la route 13, à mesure que nous prenions lentement de l’altitude, fut un long et sinueux parcours, où les voitures se faisaient de plus en plus rares. La neige tombait de plus en plus dru alors que nous montions, et recouvrait désormais une bonne partie du paysage de son blanc immaculé, quelquefois perturbé par les traces d’un pokémon. La vue sur les plaines depuis les hauteurs était de toute beauté, et , en soirée, quand nous dûmes finalement faire halte dans un petit refuge pour dormir, je restai de longues minutes à observer les lumières de Wilma en contrebas, réalisant soudain que ces lieux étrangers étaient désormais ma patrie.

Au refuge, je fis ensuite la rencontre d’un natif de Tarme, un homme aux traits secs en anguleux, chaudement couvert dans un long manteau en peau, qui avait été contacté par l’agence de déménagement pour servir de guide sur la dernière portion du trajet, mal connue de mon chauffeur. C’était un homme franc et chaleureux, prompt aux éclats de voix et de rire, si bien que je m’assurais qu’aussi peu de raisons de parler ou de rire que possible ne se présentassent. Il noua tout de même un semblant de discussion avec le déménageur, si bien que la camionnette devint nettement moins paisible qu’auparavant. Je m’excusais sur le compte de la fatigue et de l’âge, et les laissais causer des dernières mondanités de la région, festivals dans la capitale et autres faits d’hiver.
Mais je réalisais assez vite pourquoi le gaillard Tarmois était à ce point indispensable. La route cahoteuse et tapissée de nids de galifeus laissait place dans les bois d’Aldëa à un réseau labyrinthique de sentiers neigeux, parfois tellement encombrés qu’il fallait s’arrêter pour les dégager à la pelle.
Une violente grêle, probablement l’œuvre de blizarrois proches, nous ralentit même pendant toute la fin du trajet, où il fut impossible de distinguer quoi que ce soit au-delà des deux mètres qui entouraient la camionnette. Une chute drue, continue, agitant les arbres en un vacarme assourdissant, recouvrant les vitres d'un mélange improbable de neige, de glace et de pluie, plus vite que les essuies-glaces fatigués ne pouvaient les dégager. Parfois, certaines branches des arbres ployaient sous la tempête, déversant sur le sol un important paquet de glace et de neigel, et, quand nous avions moins de chance, sur la camionnette, résonnant dans l'habitacle comme si on y déversait le contenu d'une pelleteuse. Nous avancions au pas, sur les directions du guide, qui, aussi incroyable que cela puisse paraître, ne semblait pas même remarquer la tempête dehors et se repérer comme par un beau jour d’août.
Après une très longue journée de route, nous arrivâmes enfin à destination, laissant enfin l'odieuse grêle derrière nous. Tarme. Une bourgade écrasée sous plusieurs mètres de neige, petite, sans vie. La destination ? Était-ce vraiment là que j’avais voulu aller ?
La traversée de la ville ne fut pas longue, je m’arrêtais juste en vitesse à la mairie récupérer mes clés, que l’ancien propriétaire de ma maison avait laissées en consigne, ainsi qu’un un plan de la région et de la ville. Nous nous dirigeâmes ensuite vers le nord, quittant la ville pour le bois, que nous longeâmes. Une dizaine de minutes plus tard, j’apercevais enfin ma demeure. Ou plutôt la vit sans le réaliser. Le sentier tomberoche, en effet, se terminait abruptement. Au-devant, de la neige et la forêt. A droite et à gauche, la forêt et encore plus de neige.  Après un long moment à s’interroger sur la marche à suivre, le guide Tarmois se décida à aller voir un peu plus loin, dans la neige. Il revint, cinq minutes plus tard, ayant trouvé. Il fallait bien descendre ici. Le déménageur fit ainsi réapparaître son ursaring, qui grogna de déplaisir au contact de la poudreuse froide. Il se chargea de prendre l’une des deux malles, laissant l’autre à son pokémon. Le Tarmois nous emmena alors à travers la neige, arrivant finalement entre quelques arbres à une pente douce, tournant vers la droite dans la forêt. Au bout de cette pente, entre les sapins, mon nouveau logis. Une cabane, un cabanon, pourrait on même dire, mais bien pensé. Des rondins de bois habilement taillés pour ne laisser aucun interstice entre eux, un toit très incliné pour que la neige ne s’y accumule pas, une fenêtre microscopique donnant sur un intérieur sombre, meublé sommairement et équipé d’une petite cuisinière à gaz. A ma grande surprise, la cabane était belle et bien reliée à l’eau courante et à l’électricité comme l’annonce l’indiquait. L’ursaring et son dresseur déposèrent mes affaires au centre de la pièce, à peine plus chaude que l’extérieur. Je les payais et prit congé d’eux, promettant en l’air de passer saluer le Tarmois, qui me dit vivre dans l’impasse des belles congères, à l’angle avec la grande rue des Farfurets.
Une fois qu’ils furent partis, je n’eus qu’une hâte : faire un feu dans la cheminée, la seule construction en pierre de la cabane. En quelques minutes, la pièce redevint peu à peu vivable, et j’éteignis l’ampoule nue qui pendait du plafond pour ne garder que la lumière des flammes et le peu de jour qui entrait par la petite fenêtre, déjà déclinant. Je passais la fin de soirée à sortir mes affaires et les entasser sur les étagères en bois brut fixées à même les murs, ou sur le bureau qui occupait une partie non négligeable de la pièce, servant d’un côté de plan de travail pour la cuisine, de l’autre de table à manger, et se prolongeant enfin dans un coin comme surface pour écrire. Dessus, j’installais le moniteur de contrôle d’ID:err, le raccordant au secteur. Mais, bien trop fatigué pour me lancer dans la moindre tentative de décodage ce soir, je lançais finalement le radiateur à gaz, éteignais le feu dans la cheminée, et allait me coucher.

J’ouvre ainsi les yeux, dans ce lit de bois épais, où j’ai dormi comme une souche sans me soucier de combien il me parait étranger. Aujourd’hui, enfin, je vais pouvoir reprendre mon travail. Aujourd’hui, enfin, commence une nouvelle étape, alors que je suis loin de la maudite capitale de Kanto, loin de mes échecs éternels. Je m’habille en vitesse, blouse épaisse, pulls chauds, bottes rembourrées. J’ai bien fait de faire des achats à crédit avant de quitter Safrania. Bonne chance pour le magasinier qui voudra me retrouver à mon adresse safrane, sous mon ancien nom.
Je cuisine sur le réchaud quelques œufs que je mange rapidement, avant de me concentrer enfin sur le dernier objet que j’ai laissé au fond de la malle. J’appréhende ce moment. Peut-être le trajet aura-t-il eu un impact positif sur lui ?
Je récupère la pokéball dans son écrin de mousse, presse le bouton et la laisse tomber à mes pieds.
L’éclat de lumière jaillit, et une fraction de secondes plus tard, ID:err est dans la pièce.

- Bonjour, mon cher Heidy. Ai-je accès à tes secrets aujourd’hui ?

Le son strident que je ne connais que trop bien émane du porygon posé sur le sol.

- IDENTIFICATION : ERROR

Je ne peux réprimer un grognement mécontent, et me baisse pour le soulever. Je sens mon dos et mes jambes craquer alors que je porte la pleine masse des 37 kg du pokémon anguleux. Bien trop lourd. Je le repose, encore plus insatisfait. Je lance ensuite le moniteur de contrôle sur le bureau, pour vérifier que le module « flight assist » est bien activé. Il ne l’est pas. Je corrige le problème, et retourne à ID:err, qui n’a toujours pas fait un mouvement. Je me baisse à nouveau, et, cette fois, le soulève sans difficulté. Une chance que cette fonctionnalité soit parmi les plus accessibles, j’aurais décidément eu du mal sans. Je pose ID sur le bureau, le connectant au moniteur au moyen de mon câble. Immédiatement, la machine se met à chercher le réseau, patine en ne trouvant pas Safrania et comprend enfin où elle est, c’est-à-dire à peu près nulle part. Elle parvient toutefois à récupérer les données de mise à jour, dont je vois les rapports s’empiler sur l’écran. Des détails. Depuis quelques années, la conquête spatiale n’intéresse plus personne, et peu de gens corrigent encore le programme Porygon à la Sylph. Je repère une seule fonction que je peux détourner vers la partie libre d’ID:err, un correctif du scanner de pokémon de proximité. Je valide finalement les données de l’update, et les yeux vides du porygon s’opacifient, alors qu’il intègre les mises à jour. Une fois celles-ci terminées, je le débranche du moniteur.
Normalement, c’est là que les choses vont commencer à aller de travers. Et ça ne manque pas. ID:err émet quelques bips de démarrage, et initie soudain la lévitation à puissance maximale. Le contrôle d’altitude ne se lance pas, et quelques secondes plus tard, porygon découvre le plafond de la cabane. Il s’incline doucement à 90°, comme à son « habitude », et s’immobilise. Je me laisse tomber dans l’une des deux chaises en bois de la pièce, soudain aussi épuisé que la veille. Quelques clics sur le moniteur plus tard, je reprends le contrôle de l’altimètre, parti se lancer sans raison particulière dans le répertoire des attaques. Je cale la valeur sur « 80 cm », et le porygon quitte le plafond pour un niveau plus humain. Je cherche le gyroscope, le trouve lui aussi désactivé. J’essaie une commande pour réinitialiser l’inclinaison. La console me répond que l’inclinaison est déjà normale. Du coin de l’œil, je vois ID:err, tourné vers la porte, les tempes toujours parallèles au sol. « Normale », hein… Je demande une correction de 90° de l’inclinaison. Failed. Je réessaie. Failed. Je pousse un long soupir, et me met alors à chercher dans mes dossiers ce que j’ai déjà noté sur le gyroscope. Enfin, je mets la main dessus. Un  gros bang m’interrompt, et je me retourne vivement. ID:err est désormais cogné dans la cheminée, mais il a regagné un angle normal avec le sol.
Effaré, je me précipite sur le dernier rapport du moniteur, qui vient de s’afficher : « avoid incoming attack : slash. Reset position ». Le module de combat. Je saisis l’occasion pour en noter l’accès et rentre dans le code, crypté à plus de 95%. Je retrouve la liste d’attaque, que j’ai extraite, et note soudain une valeur modifiée dans le magma insondablee du chiffrage, un peu en dessous. Je la compare à mes notes sur le bureau. A priori, l’interrupteur de mode combat. Je sors le volumineux index des valeurs de la Sylph de mes dossiers, après quelques instants d'hésitation, perturbé par la nouvelle organisation de mes affaires. J’identifie la valeur correspondant à « slash » dans la base de données de porygon, et repère une région de code accessible où elle est présente. Ok, donc cet élément-là précise la réaction à une attaque. J’essaie de modifier l’entrée, rien ne se passe. De toute évidence, je n’ai pas encore débloqué d’accès. Je déplace la ligne identifiée vers la région décodée et triée d’ID:err, ajoute une rapide description, et éteins la machine.

Moderation


  • Ursaring ajouté au Pokédex


  • Dernière édition par Garand Worlov le Dim 19 Avr - 13:09, édité 5 fois
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    Invité
    Jeu 5 Mar - 22:42



    worlov
    Prise de marques, Partie 1

    Je fais rentrer ID:err dans sa pokéball, que j’attache à ma ceinture. Comme d’habitude, aucune réaction de la part de mon porygon. Ce n’est décidément pas aujourd’hui que j’arriverai à résoudre quoi que ce soit sur lui. L’accès au module de combat est intéressant, mais c’est de toute évidence une impasse. Il faudrait que je puisse m’assurer qu’il se déclenche dans de bonnes conditions pour pouvoir le tester. Bon, j’ai aussi de nouvelles priorités, maintenant que je suis en Alcéa, et la première est de m’assurer une source de revenus sûr. Même pas la peine d’aller chercher dans les dossiers, il ne me reste que des expériences à moitié documentées et  les résultats des recherches du labo de Cramois’île sur la généalogie génétique des pokémons. Après tout, ça n’est sans doute pas un mauvais sujet, mais bien trop vaste pour se lancer dedans sans un travail préalable. Il faut que je me renseigne sur la faune locale d’Alcéa,  ça sera déjà une bonne base. Je doute qu’il y ait une bibliothèque décente à Tarme, mais ils doivent toutefois avoir un accès internet au centre pokémon. La meilleure idée serait encore de m’y rendre, et en profiter pour visiter un peu la ville.

    Je ferme ma blouse molletonnée, enfile ma paire de gants en nucléos, boucle ma ceinture à poches et emporte l’Handy505 qui traine sur un coin de la grande surface de travail. Il faudra que je pense à me renseigner sur les coûts du matériel médical en Alcéa.
    Le vent glacial du matin m’accueille. Je sens que je vais mettre un certain temps avant de m’habituer à ce climat peu clément. Il a neigé pendant la nuit, et je m’enfonce jusqu’à mi-bottes dans la poudreuse qui crisse à chacun de mes pas. Je remonte sur le sentier tomberoche, qui, je le réalise, n’a vraiment de sentier que le nom. C’est plus le hasard de la poussée des arbres alentours qui a fait qu’on pouvait l’emprunter qu’une vraie volonté de l’homme.

    Il me faudra 15 bonnes minutes à pied pour me rendre en ville, et je vais avoir le temps d’apprécier le paysage figé et silencieux. Pas de chant de pokémon vol aux alentours, pas de bruissement de feuilles dans les buissons. Tout est d’un calme assourdissant, pour moi qui suit habitué au vacarme de Safrania. L’air, d’un froid cinglant, a une odeur végétale, franche et agréable, et j’inspire à m’en glacer les poumons.
    Finalement, le sentier devient lentement plus ordonné, au fur et à mesure que je me rapproche de la petite ville. Bientôt, j’atteins même un point où il a été couvert de gravillons. La ville est en vue, éclairée par le soleil rasant de l’hiver, ce soleil froid où l’on préfèrerait presque un couvert de nuages plus tiède.
    J’arrive dans les rues de Tarme, silencieuses et calmes comme hier. Sur le perron d’une maison, une vieille dame dégage la neige avec une pelle. Elle ne fait pas attention à moi. Je m’arrête à un croisement, sort la carte de la ville pliée en quatre de la poche de ma blouse. Je suis dans la rue hyémale. Pas mal de rues et de passages font d’ailleurs référence à la neige plus ou moins directement, ainsi qu’aux pokémons de la région. Je repère l’impasse des belles congères, plus ou moins à l’autre bout de la ville, et la fameuse rue des farfurets. Le centre pokémon, la boutique ainsi que le commissariat sont dans une avenue transversale, la grand-rue, à quelques minutes d’ici.

    Il n’y a décidément personne. Quelques échoppes sont d’ailleurs fermées. Peut-être des commerces saisonniers ? Encore que qui viendrait ici pour autre chose que la neige de l’hiver ?
    Un petit ruisseau traverse la ville, surmonté de quelques ponts de bois et de pierre. Après avoir traversé deux de ces ponts, j’arrive sur la grand-rue, pas tellement plus large que les autres, et qui semble couper la ville en deux parties, en diagonale. J’avise assez vite la mairie où je me suis arrêté hier. Ici, un peu plus de vie. Je dépasse un bar-café où quelques têtes blanches sirotent un café ou un chocolat chaud en parlant calmement ou en lisant la gazette locale qu’un pisse-copie doit s’amuser à composer de tout et de rien la veille au soir.

    Je m’arrête devant le pokéshop, une petite boutique aux vitrines pas très bien lavées. Je pousse la porte, et un petit grelot résonne. Personne au comptoir. Je regarde les pauvres rayons, qui ne semblent proposer que le strict minimum. Un peu de bruit dans l’arrière-boutique, et arrive une grosse femme au pas traînant. Elle me lance d’une voix un peu lasse :

    «Bonjour Monsieur, vous désirez quelque chose ?

    J’essaie de ne pas avoir l’air trop méprisant envers cette oie grasse en lui répondant.

    « Puis-je voir ce que vous proposez en balls ? »

    « Tout est en rayon, dit-elle d’un geste vague de son bras flasque. De la super et de la standard. Sur l’étagère, derrière les médicaments.»

    « Je vous remercie. Vous faîtes l’offre sur les Honnor Balls ? »

    La grosse fait non de la tête, en se grattant le nez.
    Tant de poussière sur les balls. Sans les grips des super, ça aurait été presque impossible de les différencier des autres. De toute évidence, la clientèle ne se masse pas ici.
    Je prends deux super balls, les époussète, et les apporte au comptoir.
    La grosse tapote sur le registre.

    « 1200 P$, ce sera, monsieur. Vous voulez autre chose ? »

    « Non, ça ira avec ça. Gardez le ticket. »

    Je lui tends la somme. Elle met le tout dans sa caisse, et retourne de son pas traînant vers l’arrière-boutique. J’avise quelques pochettes en plastique fixées au comptoir, et en prends une avant de sortir. La porte grelotte à nouveau alors que je la referme derrière moi.

    Modération


  • 2xSuperballs achetées pour une valeur totale de 1200P$


  • Dernière édition par Garand Worlov le Lun 16 Mar - 2:03, édité 1 fois
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    Invité
    Jeu 5 Mar - 22:55



    worlov
    Prise de Marques, Partie 2

    Bon, maintenant, le centre pokémon. J’aurai probablement besoin de ces balls pour capturer de potentiels sujets de tests. J’aurais sans doute dû profiter de mon passage dans les plus grandes villes pour faire le plein avant. Tant pis. Il me reste quand même quelques pokéballs en plus.
    Le centre pokémon occupe un grand pan de la rue. Il n’est pas forcément aussi grand que d’autres que j’ai pu voir dans les grandes villes, mais à l’échelle de Tarme, il en émane une impression de gigantisme. Sa devanture colorée jure terriblement avec le reste des habitations. J’entre.
    A l’intérieur, la lumière crue et laide caractéristique de tous les centres de toutes les villes. Une secrétaire raide comme un piquet à l’accueil, qui me reçoit d’un grand sourire maitrisé et usé jusqu’à la corde par l’automatisme, et d’un salut non moins robotique. Je force un rictus aimable, déjà insupporté par la petite mélodie de la salle d'attente qui sort des hauts enceintes murales.
    Deux dresseurs sont d'ailleurs assis sur les poufs colorés de celle-ci. Par chance, les ordinateurs en libre-service sont libres. Il faudra assez vite que je m’en fournisse un. Je me dirige vers la secrétaire, et lui demande une carte d’accès aux ordinateurs. Elle me la remet de son plus professionnel geste aimable.


    Quelques secondes plus tard, je peux enfin vérifier ma messagerie instantanée. Quelques droits de publication de mes articles m’ont été versés ce mois-ci. Une bonne nouvelle. J’ai une petite pensée pour Worlov en voyant que mon article sur le cryptage en particulier m’a bien rapporté. Puis, je me rends sur la page officielle de l’observatoire de la faune d’Alcéa. Je récupère la liste exhaustive de la faune locale, plus quelques pages sur la flore notable. En les parcourant, je remarque avec plaisir qu’un certain nombre de pokémons poison intéressants vivent dans la région, dont les précieux nosferaptis, pas si loin d’ici. Malheureusement, la lignée des abos-arboks est nettement plus éloignée. Pas de pokémons psy sauvages du tout. Pour le coup, c’est regrettable. Je lance l’impression des listes, et continue ma lecture du site.
    Pas de chasse en Alcéa, une faune assez protégée. Un lobby écologiste assez puissant, de toute évidence. Nul doute que l’excellente venaison d’Excavarenne de Wilma était d’élevage, donc. Un parc Safari, tout de même, à l’autre bout de la région. Qu’est-ce qu’on y trouve ? Je regarde la courte liste, et j’ai soudain un tilt.

    Des métamorphs. Les données de recherche du labo de génétique de Cramois-île me reviennent en tête. Ils travaillaient sur l’existence d’un ancêtre commun à tous les pokémons, mais n’avaient pas isolé de dénominateur commun. Ils ont conduit des expériences sur de nombreux sujets d’expérience, tous assez variés. Mais à ma connaissance, ils n’ont pas tenté le métamorph, considéré comme une espèce génétiquement trop différente des autres. Une branche à part, en somme.
    Mais en voyant le pokémon, improbablement présent dans la région, je me dis soudain que cette différence est peut-être une partie de la réponse. Après tout, la plasticité génétique du metamorph lui permet de changer son ADN même pour imiter celui d’autres espèces. Curieux que le labo ne se soit pas penché dessus. J’imprime la fiche détaillée de métamorph, et cherche assez vite le numéro des taxis de la région. Possible que j’en aie besoin pour me rendre au safari efficacement. Si mon intuition est juste, des tests sur ce pokémon pourraient se révéler déterminants pour ce papier que j’avais laissé de côté depuis un moment. J’éteins l’ordinateur, et retourne au comptoir déposer la carte d’accès. Même sourire radieux et odieusement automatique de l’hôtesse.

    « Excusez-moi, dis-je, savez-vous où se trouve le meilleur hôpital de la région ? »

    Petit froncement de sourcil de l’autre côté du comptoir, alors qu’elle semble chercher dans sa mémoire.

    « Hmm, le meilleur est sans doute le grand hôpital de Talma. Mais, si vous avez un problème, on peut vous soigner très convenablement à Wilma aussi. Et il y a même une salle d’urgence dans la ville, à quelques rues d’ici. »

    Je m'accoude sur le bureau, en prenant un air important. Au cas où la blouse ne suffirait pas.

    « Ce serait pour acquérir du matériel de soin. Je suis moi-même praticien chercheur, mais je n’ai pas pu faire transiter mon matériel ici. Je viens d’emménager. »

    De toute évidence, mon air sérieux et professionnel a fonctionné, la secrétaire semble un peu confuse.

    « Oh, pour ça, je ne saurai pas vous dire, je suis navrée. Patientez un instant, s’il vous plait, je vais demander à mon chef. »

    Elle se lève, et rentre dans les couloirs du centre. Quelques minutes plus tard, elle revient, nouveau sourire, et me tend quelques notes prises d’une écriture méthodique.

    « Voilà, il y a deux firmes qui produisent le matériel médical, Alcea Pharmatech et VK-Corp Labs. Elles sont toutes les deux dans la capitale. En revanche, mon chef suggère que vous vous affiliez à un hôpital pour acquérir le matériel, les subventions régionales ne sont pas vraiment suffisantes pour couvrir les frais en général. Oh, et voici l’adresse de la clinique de Tarme, si vous avez d’autres questions, ils en sauront sans doute plus que nous.»

    « Je vous remercie, mademoiselle. »

    «A votre service, et bienvenue dans notre petite ville ! C’est un plaisir de savoir qu’un nouveau médecin vient s’installer ici. Nous ne sommes pas très nombreux dans la profession… »

    Je prends le papier, salue la secrétaire, encaisse un nouveau sourire compulsif de sa part, et quitte le centre, pressé de libérer ma tête de son inévitable ritournelle "apaisante".

    Modération


  • R.A.S


  • Dernière édition par Garand Worlov le Lun 16 Mar - 2:03, édité 1 fois
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    Invité
    Jeu 5 Mar - 23:14



    worlov
    Prise de Marques, Partie 3

    En sortant, je me sens soudain affamé, et réalise qu’il est bientôt midi. Je me mets donc en quête d’une gargote où manger quelque chose. Je remonte la grand-rue, passant quelques boutiques et une petite école municipale, avant de trouver enfin ce qui ressemble à un restaurant, dans un petit passage croisant la rue. L’enseigne indique, sur un fond écaillé et à moitié effacé, cambuse de la keunote dodue. Mal éclairée, il s’en dégage une odeur de friture de baies. J’entre, un peu incertain. C’est une petite pièce avec de grosses chaises en bois, et le mobilier vieillot et balourd que l’on pourrait attendre. Une petite musique un peu exotique, un vieil enregistrement du siècle passé, peut-être local en fait, joue depuis des baffles de pacotille sous un grand tonneau fixé au mur. Quelques personnes sont en train de déjeuner causant avec animation. Un homme massif est assis derrière le bar, tout en muscles, une mine patibulaire éclairée par deux yeux intelligents et presque bienveillants. Affalé comme une loque sur le bar, un keunotor, qui glousse en me voyant m’approcher.

    « Chhhhhtt, Bidou, va pas refiler l'traczir au cavet.» Souffle l’homme, probablement le patron.

    « Vous avez une table de libre ? »

    « Bien sûr, mon ptit pote, j’ai toutes les carantes que tu veux pour tézigue. Tiens, là, ça t’irait ? C’est choucard, ya la vue sur le trimard, et t's’ras pas trop loin du radiateur. J'te raboule la carte ? »

    J’ai envie de lui arracher les yeux. En même temps, j’ai faim.

    « Oui, s’il vous plait. »

    Nouveau gloussement du keunotor. J’ai vraiment l’impression que la bestiole se moque de moi. Après regard attentif, je constate que le pokémon est en train de fixer le four encastré dans le mur où les baies sont en train de cuire. Pathétique ventre sur pattes. Je prends la carte que me tends la brute d’une main, et sort mon Handy505 de ma poche. Au moins que ça ne soit pas perdu. Le scan s’effectue, et l’entrée du keunotor s’ajoute à la liste.

    « T’es dresseur, papet ? Pas un peu tard pour la vadrouille qui f'ra de toi un gonze? »

    « Chercheur. Vous savez, ces gens qui essaient de faire avancer le monde par le savoir. »

    Eclat de rire de l’autre côté du bar, le grand type se claque la cuisse. Le bruit fait sursauter la loque pokémonesque sur le bar.

    « Prends pas le chevroum, copain ! Tu cuisineras la treppe, tu verras, chuis comme ça avec toute la gance d'ici. J’crois pas que ce sera la tronche de Bidou qui la f'ra avancer, la maraille, c'est tout. Hein, mon Bidou? »

    Sur ces mots, il ébouriffe affectueusement la tête de son keunotor, qui se met à glousser furieusement, dérangé dans sa contemplation du miracle de la Nourriture en train d’accomplir.
    Je lis la carte en décidant de ne pas me laisser énerver avant d'avoir mangé, opte pour un filet d’ecremeuh à la sauce figuy et vais m’asseoir à la table.  Le gouailleur va donner ma commande en cuisine, avant de retourner derrière le bar et emmerder un peu plus son rongeur obèse, qui n’en demandait pas tant.
    Maintenant que j’ai cette idée en tête, elle ne va plus me lâcher. Métamorph est sans doute une clé possible pour déterminer l’origine génétique des pokémons. C’est trop gros pour que le labo ne s’en soit pas rendu compte. Ils ont sans doute fait des tests, mais ils ont dû les laisser tomber pour une raison ou une autre. Peut-être des recherches de plus grande envergure avec un autre niveau de sécurité ? Difficile de le savoir pour de bon. Je ressors la liste des localisations de pokémon du sac en plastique où je l’ai laissée avec les deux superballs. La faune du bois d’Aldëa est assez redoutable, il faudra éviter les mauvaises rencontres en revenant le soir. Aucune chance qu’ID:err puisse résister face à un dimoret ou un  polagriffe. Même un blizzi serait une plaie, en fait, tant que le système de combat se refuse à m’obéir.  Au bout d’un certain temps, le patron, qui, je le remarque alors, est un vrai géant, m’apporte mon plat fumant, interrompant mes réflexions.

    « Voilà pour toi mon ptit pote, une tranche d’la meilleure crignolle du coin.  Bon appétit copain! »

    Je réponds par un vague signe de tête, et commence à manger avidement. Dès la première bouchée je réalise combien c’est fameux. L’ecremeuh est d’une tendresse et d’une finesse qui m’abasourdit, et le nappage de figuy est subtilement relevé par une once de willia, très probablement cueillies dans le bois l’automne passé. En quelques minutes, le carnage de mon repas est fini, et je me sens renaître, triste tout de même que ce soit si vite passé. J’ai mis de côté une petite partie du plat dans une serviette, curieux de voir si la bonne nourriture pourrait avoir une influence positive sur le fonctionnement d’ID:err. Après tout, les porygons sont munis d’un système d’assimilation de nourriture, bien qu’ils n’en aient pas besoin. Si une partie spéciale de son programme s’active, ce sera sans doute intéressant. Jusqu’à maintenant, il ne s’est rien passé de remarquable, mais peut-être que la piètre qualité de la nourriture safrane y était pour quelque chose. Il est temps que je me remette au travail, toutefois.  Je me lève pour aller payer le patron.

    « Et ben, papet, tu devais bien canner la morgane! C’est bonnard de voir morfiler comme ça, carrément les crocs qui rayent le plancher ! Tiens, si t’es trop à la presse pour le dessert, pince donc une 'tite pâtisserie. Cadeau d’la cazingue. »

    De sa grande main musculeuse, il saisit un petit cube de baie confite dans une corbeille posée sur un coin du comptoir et me la tend.

    « Merci, j’apprécie. Votre cuisine était excellente. »

    « A la bonne heure !  C’est pas tout battant neuf, ça, hein Bidou ? »

    Il secoue à nouveau le keunotor, qui s’était endormi sur le comptoir, laissant dessus un mince filet de bave. Le pokémon, mécontent d’être réveillé, grogne et se laisse rouler lourdement sur le sol, avant de trottiner jusqu’à un radiateur sous lequel il s’affale à nouveau.
    Je règle le repas et m’apprête à partir, quand j’entends la voix du patron dans mon dos.

    « Hé, papet, t’es pas du coin, nan ? »

    Je me retourne, pas certain de vouloir répondre. Amadoué peut-être pas le repas, je cède finalement.

    « Non, je viens d’emménager. »

    «Moi c'est Emile. Reviens quand tu veux, on change le menu tous les quarts de marquet. »

    « Merci, je m’en souviendrai. »

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  • Keunotor ajouté au Pokédex


  • Dernière édition par Garand Worlov le Mar 17 Mar - 23:18, édité 13 fois
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    Jeu 5 Mar - 23:39



    worlov
    Prise de marques, Partie 4

    Je quitte le petit restaurant. Il fait moins froid maintenant que quand je suis parti, ou alors le fait que je sois rassasié m’aura réchauffé. Je décide de me promener encore un peu dans la ville, me creusant la tête au fil des rues pour ce que savoir comment aborder mon hypothèse du métamorph. Je trouve finalement une petite place un peu en retrait, au bout de l’élégante l’allée des farfurets, la plus célèbre rue de la ville, à quelques rues d’ailleurs de l’impasse des belles congères où le guide Tarmois m’avait dit habiter. Je m’assois sur un banc, en retirant la neige d’un revers de main. Je saisis la pokéball d’ID:err et le fait sortir. Je remarque du coin de l’œil deux gosses tarmois, jouant près d’une fontaine coupée au centre de la place, s’arrêter et regarder mon pokémon d’un air intrigué. Je les gratifie de mon rictus le plus menaçant, plus que satisfait de les voir détaler la seconde d’après.


    Je reporte mon attention sur mon pokémon. Est-ce qu’il ne va pas se lancer immédiatement dans un mouvement incohérent et catastrophique ? Pour le moment, par chance, il ne montre aucune réaction et repose immobile dans la neige. Je sors la petite serviette de ma poche, m’agenouille pour approcher les restes du déjeuner de la tête anguleuse. Pendant un long moment, il ne se passe rien, comme je m’y attendais. Puis, curieusement, le cou d’ID:err pivote légèrement, son œil se met à fixer la nourriture que je tends. J’entends quelques bips correspondants à un scan en cours. Plein d’espoir, je retiens mon souffle. Il est en train d’analyser le contenu. Il se prépare à le manger. Il va le manger.
    ID:err incline sa tête très lentement vers ma main. Je suis désormais immobile comme une gargouille, les yeux rivés sur l’emplacement de la « bouche » de mon porygon. Il se rapproche toujours, touchant presque la nourriture. Et, là, à deux millimètres au-dessus de celle-ci, il s’immobilise. Je sens une goutte de sueur me perler sur le front. Est-ce que ça marche ?

    Porygon se projette alors violemment en arrière, dans un grand bruit de conversion, et adopte la forme offensive. Sa tête s’allonge pour devenir plus pointue, son corps s’effile. Il s’apprête à attaquer. Je bondis sur mes pieds, juste à temps pour esquiver une charge qui embroche en plein vol la serviette de nourriture qui m’échappe des mains. La seconde d’après, porygon regagne sa forme initiale, le bip caractéristique de succès d’opération se fait entendre. Je suis consterné. Je regarde les restes de bouffe dans la neige, vraiment ennuyé d’avoir pensé que ça pouvait être une bonne idée d’en mettre de côté.

    « Tu avais vraiment besoin de faire ça, Heidy ? »

    « IDENTIFICATION : ERROR ».

    Je me laisse alors glisser sur le banc. Comme s’il n’attendait que ça, porygon se met alors goulûment à manger le reste de filet d’ecremeuh sauce figuy dans la neige.
    Et, pour la je ne sais combientième fois depuis que j’ai activé ce pokémon, je me demande si en fait il n’est pas parfaitement fonctionnel, simplement extrêmement malveillant. Si c’est ça, il doit se faire plaisir. La seconde d’après, je me souviens pourquoi j’écarte en général cette hypothèse, en voyant ID:err avaler la serviette et une bonne rasade de neige, avant d’essayer de grignoter le pavé en dessous. Je lui lance sur un ton un peu amer, singeant le géant de la cambuse.

    « Et toi, c’est ta tronche qui fera avancer le monde? »

    « IDENTIFICATION : ERROR »

    « Je m’attendais à cette réponse, en fait.»

    Enfin, il aura quand même mangé. Je me lève en soupirant du banc, passe la main sur la tête de porygon et essaie de relever un peu son nez du bitume. De toute évidence, la flight assist est encore désactivée. Nouveau soupir. Je retourne m’asseoir, regardant autour de moi la petite place. Des maisons cossues, donnant sur l’allée, et un vieil hôtel particulier dont le petit square fait face à  la place, qui dénote que Tarme a sans doute eu une histoire plus vivante que maintenant. De son côté, ID:err a entretemps activé sa fonction de homing et se met à léviter dans mon dos. Il va bientôt falloir que je le rentre dans sa ball, c’est le genre de fonction qui peut vite devenir pénible, et même risquée s’il se décide à embrocher un pan de ma blouse qui aurait le malheur de ressembler à un coin de serviette. Je me retourne, et le fichu programme suit mon mouvement et reste dans mon angle mort. Je me masse les tempes, ramasse la ball dans la neige, et active le rappel la main dans le dos. Je m’y reprends à deux fois avant d’entendre le bruit caractéristique de retour. Je fixe à nouveau la ball à ma ceinture, et me remets en route vers chez moi.

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  • Ajustement du bonheur d'ID:err aléatoire


  • Dernière édition par Garand Worlov le Lun 16 Mar - 22:58, édité 4 fois
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    Ven 6 Mar - 20:57
    PNJ MJ

    Messages : 2502

    Voir le profil de l'utilisateur
    En tant que Scientifique, les pokémons croisés comptent pour l'évolution du métier. Vous ne pouvez donc pas rajouter des pokémons que vous ne croisez pas.

    Achats :

    Superball x2
    Total : 1200 P$

    Bonheur :

    Porygon gagne 5 points de bonheur.

    Veuillez mettre à jour votre t-card.


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    Lun 16 Mar - 1:47



    worlov
    L'arnaque, Partie 1

    De retour dans mon antre. La marche pour rentrer m’a revigoré. J’ai choisi de passer par d’autres rues de la ville afin de finir de découvrir les alentours. Je suis passé devant une école, bâtiment sans intérêt s'il en est un et quelques boutiques, dont un boucher et un épicier auxquels je me suis arrêté pour faire quelques courses pour le repas de ce soir. La ville ne semble pas offrir de vrai point d’intérêt, à part le fameux manoir qui sert d’arène, qui n’était pas sur mon chemin et que je n’ai pas vu. Le jour descend vite ici,  avec les montagnes à l’ouest qui cachent le soleil. Dès cinq heures, il n’y aura déjà plus beaucoup de lumière.
    Contrairement à ce matin, le retour dans le bois était un concert vivant de mouvements de feuilles et de cris lointains de pokémons. J’ai repéré quelques buissons à baies dans le sous-bois, il faudra que j’aille voir ça de plus près quand il fera moins froid. Certains noyaux de baies font d’excellentes toxines, après tout. La pêcha, surtout, est particulièrement redoutable. Un comble quand on sait que sa chair est un bon anti-poison. J'arrive finalement au bout du sentier tomberoche, devant ma cabane. Quelque chose attire alors mon attention, dans la neige.
    Des empreintes de pokémon, assez profondes. Pas très rassurant, peut-être un polagriffe. Je fais le tour de mon « domaine », suivant les traces. Quelques mètres plus loin, j’aperçois ce que je recherche. Sur l’écorce d’un sapin, de larges marques givrées, des griffures. J’enlève un de mes gants et passe la main dessus. L’arbre est encore  glacial à faire mal, le pokémon a dû passer il y a relativement peu de temps. Je vérifie les murs de ma cabane à la recherche de semblables traces, et n’en trouve aucune, par chance. Après tout, pendant tout le temps où je n’étais pas encore le propriétaire, il n’y en a pas eu. Sans doute que le bois mort ne doit pas séduire autant les polagriffes voulant marquer leur territoire. Je rentre finalement chez moi, et pose le sac avec les balls et les infos récupérées au centre pokémon sur la grande table. Je fais sortir ID :err de sa ball, et il atterrit lourdement sur le sol. Je lance le moniteur, réactive la flight assist, récupère mon pokémon par terre, le connecte à son câble pour la recherche de mises à jour et la sauvegarde des données récentes. Puis je le laisse faire dans son coin, avant d’aller me préparer un thé chaud avec les provisions que j’ai ramenées de Wilma. Je vais chercher quelques buches au sec sous l'auvent dehors, et allume un feu dans la cheminée, constatant que la pièce s’est vite refroidie en mon absence. Je vais ensuite fouiller dans mes dossiers pour en sortir les rapports de Cramoisîle et parcourir à nouveau leurs expériences, curieux de vérifier s'ils n'ont effectivement rien tenté sur les métamorphs. Dehors, il s’est mis à neiger doucement, remarqué-je à travers la petite fenêtre.

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  • Dernière édition par Garand Worlov le Lun 16 Mar - 2:01, édité 1 fois
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    Lun 16 Mar - 2:00



    worlov
    L'arnaque, partie 2

    Dans le dossier, rien qui me surprenne en relisant. Des tests sur les fossiles de Kanto, parmi les plus anciens êtres complexes ayant vécu sur la Terre. Jusqu’à maintenant, leur travail ne m’a jamais vraiment enthousiasmé. J’y ai toujours vu une fantaisie de gosse qui veut chevaucher un rexilius après avoir vu le squelette dans un musée d’histoire naturelle. Mais sous l’angle génétique, je ne peux pas leur enlever leur rigueur. Ils ont fait des tests de proximité génétique sur les insécateurs et les traces qu’ils ont des kabutops. Et n’ont d’ailleurs rien obtenu de concluant. Ils ont importé d’Hoenn et de Kalos des fossiles à un prix exorbitant pour  voir s’il pouvait en tirer un séquençage ADN, et ils l’ont eu. Ils ont contacté les quelques centres de réanimation de fossiles dans le monde pour se faire envoyer des spécimens vivants, et ont été déçus de constater que les sujets n’avaient que peu à voir avec les pokémons d’origine, héritant d’un type roche issu de leur séjour millénaire dans le sol et de fragments d’ADN de synthèse pour combler les lacunes.

    Après, et c’est là que leur travail me parait fragile, ils ne se sont pas penchés sur la proximité génétique entre les pokémons actuels. Ils ont fait des tests hors de prix sur des évolis, pour constater qu’il n’y avait pas de « typing gene » commun aux pokémons de même type. Plus intéressant, je mets enfin la main sur une notice sur les métamorphs dans leur appendice: « Les tests sur les métamorphs ont été écartés après prélèvement s: l’ADN instable de métamorph ne permet pas une reproductibilité des expériences, et il n’est donc pas possible de le situer génétiquement par rapport aux autres. En outre, l’apparition des métamorphs étant jugée un évènement récent, elle ne semble pas intéressante pour comprendre l’histoire génétique des pokémons, en dépit des propriétés extraordinaires de ce pokémon».  Ils le mentionnent, donc.

    Quelque chose me dérange quand même. Ils ne semblent pas avoir voulu tester sur des spécimens morts. Ce serait pourtant un moyen efficace de fixer l’ADN du sujet, et il n’en est pas question ici. Peut-être que les frais de capture du métamorph étaient trop élevés pour pouvoir se permettre de le sacrifier ? Il faudra vraiment que je m’en procure un, coûte que coûte. Ou au moins que j’aille recueillir des échantillons. Il devient pressant que je me mette en route pour le parc safari, si je veux pouvoir tirer quelque chose de cet article. Dès demain. Je poursuis ma lecture. Sur le coin du bureau, ID :err termine sa mise à jour et confirme qu’il est prêt à être débranché par un petit bip. J’irai voir ça plus tard. Le reste des rapports n’est que procédés d’expérience et résultats peu concluants. Il y a décidément quelque chose qui ne colle pas.

    Il me vient à l’esprit de chercher le nom des coauteurs des différents rapports. Pour la plupart, leurs noms ne me disent rien, et ça commence à me surprendre. Le directeur du labo, Kimiaki Mahon, n’est nulle part. Je le savais déjà, mais il n’y a pas non plus d’article avec la collaboration de Worlov non plus. C’est étrange, quand on y réfléchit. La recherche sur l’histoire génétique des pokémons était le grand œuvre du labo. Et si on considère leurs finances, jusqu’à ce qu’ils soient mis en faillite par les truands des années 90, ils auraient dû avoir plus de moyens à leur disposition que du sampling de base, surtout s'ils se payent des sujets d'expérience comme des évolis. Il manque quelque chose, ça commence à être évident. C’est sans doute pour ça qu’inconsciemment je ne m’étais jamais penché dessus sérieusement. Je me suis toujours dit que c’était de la timidité morale, à cause du meurtre de mon vieil ami là-bas. Mais c’est probablement que ça ne me paraissait « pas fini », en fait… Qui m’avait donné ces données ? La rocket, je crois. C’est eux qui avaient exercé l'extorsion sur le centre à l’époque. Ils ne sont pas censés avoir eu à faire avec la recherche génétique de près ou de loin autrement que pour le trafic lucratif de fossiles. Ces singes n’auraient pas pu comprendre les données sur lesquelles ils mettaient la main s’ils l’avaient voulu. A moins que…

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  • R.A.S
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    Lun 16 Mar - 2:16



    worlov
    L'arnaque, Partie 3

    Je farfouille à nouveau dans mes dossiers, et retrouve l’index des publications et des récompenses professionnelles de Kanto des 30 dernières années.
    Toujours un bon moyen de se situer par rapport à la concurrence. Sur la liste, j’ai déjà mis en évidence les chercheurs de la Sylph Co et moi-même (à la 154ème place, j’ai réussi à éviter les projecteurs en choisissant bien mes clients). Kimiaki est haut placé, 14ème plus grand chercheur des 30 dernières années. Après tout, il a été l’un des premiers scientifiques à travailler sur la génétique des pokémons de manière sérieuse, et il a mis au point quantités de méthodes encore en usage aujourd’hui, comme le vecteur de mutation par pokérus qui a permis de faciliter grandement le séquençage et la carte des gènes de l’ADN de nombreuses espèces. Utiliser un virus rare et universel que personne ne comprend vraiment pour obtenir des résultats concrets et novateurs, un travail impressionnant en effet. En première place, le créateur du pokédex –et le premier à le compléter, surtout-, suivi par le directeur de la Sylph, ancienne gloire de la science et inventeur prolifique.
    Je cherche des yeux les noms des rapports dans la liste. Kahiro Satoshi, 189ème place. Samui Akisa, 233ème place, très en bas. Pas trace des autres. Il me faut la liste complète des chercheurs du labo. Je peux avoir ça par les archives du Sc.net.

    Je m’assois devant le moniteur de porygon, confirme la sauvegarde et constate à nouveau l’absence de mises à jour intéressantes, mais laisse ID :err branché, pour éviter qu’il n’aille encore s’encastrer dans un mur ou brouter le parquet. Je lance la connexion à Sc.net. L’interface laide et froidement fonctionnelle se charge. Trois commandes possibles : archives, publications, réseau. Je rentre dans archives. Deux embranchements : archives de l’année en cours, 0, et entrer le nom de l’année choisie pour les archives plus anciennes. Je rentre 1984, 1990 et 1995, année de fermeture du labo.

    L’écran se retrouve envahi de dates et de noms qui défilent pendant quelques secondes avant de s’arrêter sur une nouvelle demande de commande. « entrer nom de scientifique ou d’institut à rechercher ». Je rentre « Cinnabar Gentechs ». Nouveau défilement de noms et de date, bien plus court. Nouvelle invite de commande. « Personnels ». La liste hiérarchisée s’affiche pour les différentes années. En 1984, Garand Worlov apparaît, assez bien placé en chef d’équipe. Kahiro est dans le bas du panier en tant qu’assistant, pas de trace de Samui. 1990, bien entendu, plus de Worlov. Kahiro est passé chercheur, Samui arrive, à ce poste également. 1995, Samui est chercheur, Kahiro adjoint chef d’équipe. Quant aux autres noms… Mariann Miller, directrice adjointe de la recherche en 1984 et en 1990, partie en retraite sans doute en 1995, remplacée par Yoshida Gosuke, ex chef d’équipe. Markus Sauer, responsable administratif. Tôgashi Gendo, président du conseil de laboratoire. En tout, quatre noms en haut de la hiérarchie et en haut du classement, en plus de Kimiaki bien sûr… Quatre noms à la 18ème, 20ème, 23ème et 29ème place dans la liste des publications de Kanto. Autant dire un peloton de grands chercheurs. Et bien entendu, ils sont absents des rapports que je  viens de lire.

    Donc la rocket s’est foutue de moi. Ils savaient ce qu’ils faisaient en me donnant les données. Ils ont gardé ce qui a été réalisé par les grands du labo, et je ne m’en suis pas aperçu parce que les choses allaient bien à l’époque et que leur sujet d’étude ne m’intéressait pas… Donc ils avaient plus qu’un simple intérêt lucratif pour les fossiles. Navrant, ça m’est passé sous le nez.

    Ils devaient forcément avoir leurs propres chercheurs… Ils n’auraient pas pu faire autrement pour interpréter les données brutes du labo et décider quoi prendre. Peut-être avaient-ils même quelqu’un à l’intérieur du labo. En 1995, la rocket a attaqué les locaux de la Sylph à Safrania, et une grappe de chercheurs ont été virés à la suite de cette histoire pour soupçon de collusion avec le syndicat du crime. Si ça se trouve il y en a encore la trace.

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    Lun 16 Mar - 2:39



    worlov
    L'arnaque, Partie 4

    Je relance la recherche pour chaque année entre 1991 et 1995, période d’émergence de la rocket, et ouvre l’organigramme de la Sylph. Bingo. En 1992, Leonid Sokolov, directeur de la branche génétique de la Sylph, démissionne. La même année, il apparaît dans la hiérarchie de Cinnabar Gentechs, chef de projet spécial. Et en 1994, nouvelle démission, retour à la Sylph, qui l’accueille à bras ouverts. 7ème dans la liste des publications, en même temps. Un type à l’origine de quantité de papiers dans l’évolution et ayant bossé en son temps sur le projet Porygon. Il était plus coté que son patron à Cramois-île, déjà à l’époque. Viré de la Sylph en 1995. L’index de ses publications s’arrête net après. Si j’avais accès au net global, je pourrais sans doute retrouver quantité de journaux spécialisés titrant sur son renvoi. A l’époque, ça m’avait étonné qu’on puisse virer quelqu’un comme lui. Pas d’info sur son affectation actuelle, ni même s’il est encore dans le métier. Probablement que non.
    La rocket devait employer ce type. Si elle l’avait sous la main pour infiltrer le labo, lui un des plus grands scientifiques de Kanto, pas surprenant qu’ils aient pu faire le tri dans les données à me refiler quand le centre s’est cassé la gueule.
    Mais du coup, ça veut aussi dire que Cinnabar Gentechs bossait sur quelque chose de gros. Bien plus que leur dépoussiérage de fossiles. Pas impossible qu’ils aient fait plus de tests sur les métamorphs que ce qu’ils annoncent… Si je ne me trompe pas, il y a vraiment un filon. Les résultats sont restés à l’ombre à cause de la rocket, mais si je refais leur démarche, j’ai potentiellement une grosse publication à me mettre sous la dent.
    J’ai sans doute sous-estimé l’influence de la rocket pendant toutes ces années, du coup. Toujours pensé que ce n’était qu’une brochette de petits yakuzas wannabe paramilitaires, disparus presque aussi vite qu’ils sont apparus.
    Je me renfonce dans mon fauteuil, pensif. Leonid Sokolov… Un chercheur émigré à Kanto quand il était jeune, de la même région que la famille de Worlov, sautant de découverte en découverte, avant de finir dans la fange pour s’être mouillé avec les mauvaises personnes. Je caresse mécaniquement la tête d’ID :err, toujours inactif. Dans ses entrailles, il y a l’empreinte de ce chercheur, tout comme celle de Garand. Mon ami a fait le contenu, Sokolov le contenant…
    Quand j’y pense, il devait avoir une vision de la science pas si différente de la mienne. Prêt à prendre des risques pour la faire avancer. A moins que ça n’ait été pour son propre avancement. Impossible de le savoir.
    J’éteins finalement le moniteur, en coupant le module de combat. ID :err s’active et se met à léviter, se campant à nouveau dans mon dos, toujours en mode homing. Par lassitude, je le laisse faire, tire une chaise en bois et m’installe confortablement devant la cheminée. Mon pokémon bipe tranquillement dans mon dos, absorbé par quelque chaotique suite d’idées de son programme malade. Les flammes dansent dans l’âtre, hypnotiques. Le soir tombe avec la neige, de plus en plus drue. Il y aura peut-être de la tempête cette nuit. Le vent agite les branches des arbres autour de ma cabane, presque un vacarme. Je réfléchis à mon organisation pour le lendemain. Si je me rends au parc Safari, il me faudra traverser la région de long en large, sans espoir de passer le Lossë avant la fonte des neiges. Je risque d’avoir au moins trois semaines de voyage. Une plaie qu’aucun train ne circule dans la vaste région.
    Mon premier objectif sera la grotte de la Morna, pour y capturer un nosferapti. Après tout, je suis quand même l’un des pokétoxicologues les plus compétents de la planète, et la Fondation Leuphorie pour la Recherche Médicale est toujours prête à publier un article sur les poisons et leurs remèdes… Ce sera sans doute un moyen de financer mes déplacements.

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  • Dernière édition par Garand Worlov le Mar 17 Mar - 23:19, édité 1 fois
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    Lun 16 Mar - 2:54



    worlov
    Souvenirs [18+]

    Une buche craque et roule, incandescente, hors du foyer. Je me lève pour la remettre à sa place avec la pince à braise. Je tente de me rasseoir, heurtant ID :err qui, dans mon dos, s’est posé sur la chaise. Long soupir agacé. Je fais quelques pas, mon porygon se remet derrière moi, et j’en profite pour récupérer mon siège. Je reste alors longtemps à contempler le feu, buvant mon thé un peu trop refroidi. La chaleur de la pièce me gagne, et je me surprends à somnoler un peu. Peut-être que je me ramollis, tout compte fait. Des souvenirs, comme autant d’images, dansent devant mes yeux et les flammes qui crépitent. Je repense à toutes ces heures de travail devant un moniteur. Je repense à la tarte aux baies de ma mère. Aux osselaits de la tour pokémon, à la veste grisâtre de mon père. Au rattatac du gosse qui me tyrannisait à l'école de Jadielle. Aux grands bâtiments sales de Safrania, à l’air marin de Cramois’île.

    Mais curieusement, ce soir je repense surtout à Lisa, la pauvre jeune fille que j’ai violée il y a de nombreuses années de cela, quand j’étais encore au lycée de Safrania. C’est rare que ce genre de détails me revienne en tête. Peut-être est-ce le confort dans lequel je me trouve qui me rappelle ma fougueuse jeunesse. Elle était mignonne, très bien formée, l’air mutin et un peu provocant. Une façade, bien sûr. Quand elle s’est retrouvée piégée, ce fameux soir, elle avait surtout l’air d’un roucool effarouché auquel on aurait brisé les ailes. Elle a vu le couteau dans ma main, elle a compris qu’elle était seule. Dans ce quartier mal famé de la ville, les cris sont monnaie courante, elle savait qu’elle ne serait aidée par personne. Elle ne s’est pas débattue longtemps. Elle espérait au moins s'en tirer vivante, bien sûr. J’avais une seringue de solution d’écailles d'aile de papillusion, au bout de quelques minutes son corps ne lui obéissait plus et elle ne pouvait que subir, ses pupilles roulant furieusement dans tous les sens. Nue et frissonnante sur le sol froid, sa peau pâle et satinée au milieu de la poussière, des gravats et d’autres saletés. Pauvre petite, vierge malgré ses moues de femme fatale. La douleur se lisait dans la danse de ses yeux quand je jouais avec son corps, et ce tourbillon ne se figeait que sur la pointe de mon couteau avant que je ne m'en serve, lacérant ses flancs sveltes. Pour moi, ça a été une très agréable nuit. Elle ne vit pas le lendemain, et sa dernière image avant de mourir aura été le mur du squat désert d’un quartier pourri, où elle allait être trouvée deux jours plus tard par deux clochards, égorgée et méconnaissable.

    L’affaire avait fait le tour des journaux, à l’époque. Grosse enquête, beaucoup d’indignation. Pas de chance pour les rangers, pas de preuve utilisable. J’avais été très prudent, cheveux attachés, visage cagoulé, gants, préservatif évidemment.  J’avais brûlé au HSO3F ses voies génitales et les endroits que j’avais un peu trop touchés, notamment ses seins charmants, fermes et ciselés, dont le contact est encore gravé dans ma mémoire. On n’est jamais trop prudent. Son visage et sa bouche aussi, pour retarder l’identification. C’était un crève-cœur, de voir s’évaporer dans une odeur suffocante ces beaux yeux clairs et ce nez aquilin, les lèvres généreuses et les pommettes qui perdaient chaque instant leur rose vif alors qu’elle se vidait de son sang par la plaie de son cou gracile. La chair s’est rapidement transformée en une étrange mousse informe et calcinée, une vue aussi répugnante que terriblement merveilleuse. J’aime la chimie.

    Pour le coup, mon idée n’avait pas vraiment marché, peu de familles n’avaient plus eu de nouvelle de leur fille depuis deux jours. Il fut vite clair que Lisa, qui était déjà recherchée, était la victime. Les rangers avaient tenté de faire porter le chapeau aux clochards, mais avaient fini par classer faute de preuve incriminante et ayant du mal à expliquer comment un clodo pouvait s’y connaître assez en chimie pour aller mettre la main sur de l’acide fluorosulfurique. Le problème dans une ville comme Safrania, c’est qu’avec les dizaines de centres de recherche, d’usines et de boutiques spécialisées qui vendent des composés tous les jours, c’est qu’il y a une flopée de suspects potentiels, et aucun n’est clodo. De mon côté, j’avais juste eu à produire mon acide avec l’innocent bisulfate de sodium sous forme saline du labo du lycée, qui en avait en quantité, et du plus rare et dangereux fluoride d’hydrogène. Je l'avais préparé comme un grand dans mon réfrigérateur en dissolvant de la fluorite minérale (récupérée dans du matériel d’optique obsolète) au moyen du bon vieil acide sulfurique. Au risque de me dissoudre les doigts… Un risque qui m’avait permis d’être totalement indétectable et de m’offrir une soirée mémorable. Qui irait soupçonner un lycéen d’un tel professionnalisme dans l’horreur ? Tant de préméditation pour les douces jambes de la petite Lisa… Mais ça aurait pu être n’importe quelle autre jolie môme de mon lycée.

    Un peu de nostalgie m’étreint. C’est loin, tout ça. Depuis que je me suis lancé sur le décryptage d’ID :err, je n’ai plus jamais pris le temps de m’intéresser aux femmes. Quelque part, j’ai épousé le projet Maru, un mariage pas très satisfaisant mais solide qui pousse tout doucement vers le jubilé de rubis. Ma compagne vieillissante, ce robot décervelé qui vole dans mon dos. Peut-être que je n’ai pas fait le meilleur choix. Lentement, le feu s’affaiblit, certaines buches grésillent et fument, mais ne brûlent plus. J’ai fini mon thé. Je me lève à nouveau pour aller préparer le dîner, fermant au passage la cheminée pour éviter que la neige ne tombe dans l’âtre. ID :err percute le siège en me suivant.

    Je fais frire des aiguillettes de psykokwak, que je parfume avec de la poudre de baie kiwan très épicée. Pendant le repas, ID :err quitte finalement son activité de homing et commence un scan assidu du réchaud. J’hésite un moment avant de poser à sa portée un petit morceau de mon plat, décidément incorrigiblement optimiste. Pas de réaction. Tant pis. Je n’avais plus faim, de toute façon. Finalement, je prends une douche rapide et vais me coucher, les cheveux encore humides, après avoir interrompu d’ID :err dans son étude contemplative de la plaque chauffante pour lui faire réintégrer sa ball.

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  • R.A.S


  • Dernière édition par Garand Worlov le Lun 16 Mar - 23:10, édité 3 fois
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    Invité
    Lun 16 Mar - 3:12



    worlov
    Préparations pour la route, Partie 1

    Je me lève assez tôt le lendemain. Il semblerait que finalement, il n’y a pas eu de tempête cette nuit. Il fait sans doute très froid dehors en revanche ; ma fenêtre est couverte de buée et une mince couche de givre goutte même à la commissure. Je me prépare pour mon départ, réactive le module de combat de mon porygon et le flight assist, qui a encore quitté. Quelques dossiers dans une sacoche de voyage, une lampe de poche fine, les deux superballs et mes quelques pokéballs vierges en vrac, ID :err à ma ceinture.  Un thermos de thé bouillant. Deux capsules avec des échantillons de toxines, mon matériel de prélèvement et de dissection. Je me mets en route, non sans refaire le tour de ma cabane à la recherche d’autres traces du polagriffe. Il n’y en a pas, pas plus que d’autres pokémons.
    Comme hier matin, la forêt est silencieuse, et je n’entends que mes pas dans la neige, toujours épaisse.
    Une fois à Tarme, je me mets en route vers la mairie. Il faut que je fasse le trajet en covoiturage jusqu’à l’antre de la Morna, ça ne servirait à rien de tenter de traverser le bois d’Aldëa seul sans connaître mon chemin.

    J’entre dans le bâtiment, pas très impressionnant ni très beau, où je suis venu prendre mes clés deux jours auparavant. Un type est en train de passer une serpillière sur le sol, et prend juste le temps de me jeter un regard bovin avant de se réabsorber sur les motifs des dalles qu’il est en train de briquer. Son dévouement mécanique à sa tâche fait jaillir dans ma tête l’image de mon porygon scannant le réchaud. Une fois de plus, je me demande si je ne me trompe pas en jugeant que mon pokémon n’est pas intelligent. Après tout, certains humains ne semblent pas aller plus loin que lui dans leur effort intellectuel.

    Hmm, tout compte fait c’est juste qu’ils sont aussi cons qu’ID :err. Je m’approche de l’accueil, vide. Je suis arrivé un peu tôt. Au bout de quelques minutes, un hôte d’accueil finit par arriver, un café fumant à la main. Il me lance un sourire pincé, s’assoit et me demande ce qu’il peut faire pour moi. Je lui explique rapidement que je compte me rendre à l'antre de la Morna, et cherche un covoiturage qui passe à proximité. Le jeune type tapote sur son ordinateur en sirotant son café, se brûle au passage, peste dans son absence de barbe et m’imprime deux feuilles avec des horaires et les numéros des gens. Le plus tôt part à 9h30, plus haut sur la grand-rue. Un commerçant qui va refaire ses stocks à Wilma, probablement. J’appelle depuis mon Holokit, confirme que je serai là pour le trajet et quitte la mairie, repassant devant le balayeur, décidément vif comme un ramoloss. Je vais perdre le temps qu’il me reste avant l’heure dite. Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre dans la grotte, je ferais bien de me préparer un peu. J’ai repéré hier à mon retour une boutique de randonnée. Je vais y faire un tour, par chance elle vient d’ouvrir. J’achète deux fois 60 m de corde solide, rangés enroulés dans un sac à dos spécifique avec quelques gadgets de débutant. Le vendeur, un passionné, me fait un petit topo de sécurité sur l’emploi du matériel, somme toute assez élémentaire. Pas mal de freins et de coinceurs de secours. J’espère que je n’aurai pas besoin de plus, je n’ai pas les finances pour me lancer dans une expédition de spéléologie complète.

    Faute d’avoir mieux à faire, je remonte la grand-rue et retourne à la cambuse de la keunote dodue, tenté par un petit-déjeuner rapide. Emile, le gérant géant, est en train de retourner les chaises sur les tables, la chaîne cheap continue de jouer ses chansons étranges , un peu plus bas que la veille toutefois. Il n’y a personne d’autre à l’intérieur, sinon le vil keunotor toujours enraciné sur le bar, dormant ferme cette fois. Emile me voit entrer, et je remarque une certaine surprise sur son visage.

    « Hohé, salut mon p’tit pote ! J’pensais pas t’voir rappliquer de sitôt! Faut que ça t’ait fait la balle alors, ma bidoche, pour que t'emplanques dès l’matois. C’est pourtant pas la plombe pour la barbaque, copain! »

    « Vous n’avez pas de petits-déjeûners ? »

    « Bah si, bien sûr qu’on a. Tiens, ta siaute d’hier est libre. Tu veux quoi ? J’ai l’meilleur croissant de la vergne, y vient d'la boulange de la place des grêlons. Ils riffaudent la boule avec un volcaropod, c’est pas d’la blague. J’ai aussi du bricheton et de la bonne charcutaille, si c’est ça qui te botte. »


    Je coupe court, sachant qu’il va énumérer une liste encore longue.

    « Un croissant, ça ira très bien. Et un café serré, un sucre. »

    « C’est parti, chef, j’arrive de suite. »

    Je m’assois, me demandant pourquoi j’ai décidé de revenir chez ce type agaçant. La réponse arrive, encore chaude et fraîchement sortie du four, dans une assiette à peu près essuyée. Le patron, qui visiblement a trop de temps sur les bras, tire une chaise et s’assoit à son tour en face de moi.

    « Ça te fais pas tartir, j’espère ».

    « En fait, si. Je voudrais manger seul ».

    « Hahaha ! t’es bonnard, tézigue!» rit Emile aux éclats, tapant du plat de la main sur la table.

    Sur le  bar, le keunotor sursaute et se met à geindre. De mon côté, je commence à manger le croissant, et ai grand peine à réprimer un grognement d’aise tellement il est succulent.

    «T’esgourde ça Bidou, Le clille veut être peinard et la chouette croustance par dessus le marché ! L’est comme toi, en fait ! » tonitrue le patron en direction de son pokémon.

    « Boh, t’en fait pas copain, j’vais pas te canuler. Pas du matin, moi je dis. C’est parrav, si t’as besoin d’aut’chose, je reste là. »

    Le grand type se lève et va finir de s’occuper des chaises. Je contemple avec regret les miettes du croissant déjà engloutti, et bois mon café. Pour le coup, un café normal, ni bon ni raté. Un peu avant 9h30, je me lève et vais régler la note. Pas cher. Je n’en reviens pas, ce croissant aurait pu être la fine fleur d’un restaurant gastronomique. Ou alors je n’ai jamais mangé que de la merde à Kanto. Emile reprend sa loquace familiarité quand je paye. Je laisse filer. Trop bien nourri pour lui en vouloir.

    Suite

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  • Ajout du sac de spéléologie au matériel divers
  • Contenu sponsorisé


     

    Un habitant emménage à Tarme; population doublée.

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