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 Le porygon qui hurlait à l'oreille des nosferaptis

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Lun 16 Mar - 3:47



worlov
Route 12, arrivée devant la grotte

précédents évènements (Tarme)

Je quitte la cambuse et me rend à l’adresse de mon covoitureur. Un petit bonhomme moustachu, avec des lunettes rondes à double foyer et une blouse à carreaux, qui a déjà fini de charger sa voiture-une berline low-cost blanche- devant sa boutique. Il me dit timidement bonjour, me prévient que si j’ai des pokémons, il préfèrerait qu’ils restent dans leur ball pour le trajet. Pas de problème avec ça, évidemment. Je paye d’avance pour le fuel. J’ai calculé le kilométrage entre Tarme et la grotte quand j’étais dans la cambuse. Le type a un peu gonflé le tarif, mais ça reste raisonnable. On part à l’heure exacte, je peux sentir la rigueur pointilleuse de mon chauffeur. Il a l’air un peu nerveux, pas très à l’aise avec un étranger. Idiot de sa part de se proposer au covoiturage si ça le dérange. En même temps, je suppose que ça donne accès à certains avantages, sans ça la ville ne pourrait absolument pas marcher. Tout le monde ne connait pas la forêt comme sa poche, après tout.

Assez vite nous entamons la traversée du bois d’Aldëa. Pas de grêle furieuse cette fois ci, le passage sera sans doute plus rapide que la première fois.Vers 12h, nous sortons finalement du bois, après une pause pour déjeuner, que j’ai agrémentée du thé de mon thermos et d’un sandwich moyen préparé avec les restes de mon repas d’hier. En début d’après-midi nous arrivons finalement à un croisement. La route défoncée continue d’un côté, rejointe par un sentier de pierre partiellement couvert de neige. Le commerçant arrête la voiture ici.

«Voilà, monsieur. La grotte est à quinze minutes dans cette direction, vous ne pourrez pas la rater, elle est énorme. Faîtes juste attention à ne pas tomber. »

« Je suis préparé. Merci de m’avoir conduit ici.»

« Le plaisir est pour moi, monsieur, répond le petit bonhomme, qui n’est visiblement pas très convaincu par ce qu’il dit. Pour le retour, je vous conseille d’aller attendre du passage au gîte le plus proche, je crois que c’est à quelques km plus au nord en suivant la route. Au revoir ».

Je descends de la berline et en fait le tour alors qu’elle redémarre. Le soleil a fait fondre partiellement la neige en surface sur le sentier caillouteux sur lequel je commence ma marche. Il fait moins froid qu’à Tarme, c’est déjà sensible, et vraiment pas désagréable. Le bois semble servir de vraie barrière naturelle. Je marche, observant les alentours, attentif aux sons qui m’entourent. La nature est plus vive ici. Des chants de pokémon oiseaux dans les buissons bas. Des branches qui craquent. Pas d’autre humain en vue. Il y a vraiment une belle lumière, rasante à souhait, qui joue avec les pics des montagnes et les nuages, comme des ombres chinoises. Pas de trace d’habitation, et la route 12 est seule à rappeler que la civilisation n’est pourtant pas loin.

J’aperçois finalement la grotte de la Morna dans le lointain. En effet, impossible de la manquer. Un gigantesque rocher granitique avec une ouverture béante, noir comme l’espace, à l’ombre de hauts conifères. De près, je prends la mesure de sa taille gargantuesque. L’ouverture doit bien faire 15 mètres de diamètre. C’est un puits insondable, qui s’enfonce dans le sol presque à angle droit. Un mince filet d’eau ruisselle du haut de la roche, sans doute responsable depuis des millénaires de ce cratère. L’antre a l’air très profond. Je ramasse un caillou, que je laisse tomber dans le trou. Un, deux, trois... J’entends le caillou toucher le sol et produire un écho. Au moins une quarantaine de mètres d’ici au premier coude dans la descente. Curieux, il devrait pourtant être possible d’en distinguer le fond avec la largeur de l’ouverture. Je prends ma lampe. Ce ne sera sans doute pas une partie de plaisir. Je fais le tour de l’ouverture, sors une corde du sac à dos spécial et l’attache solidement autour du tronc d’un sapin. Bon, ça devrait marcher. Je fais passer la corde dans la poulie du sac, règle le compteur de longueur à 2 mètres et me sangle solidement, avant de récupérer la corde dans ma main. Je contemple les ténèbres, comme un poissirène regarderait la gueule béante d’un léviator. Je me lance.


Il fait humide, la pierre est légèrement glissante sous mes bottes. Rapidement la température se réchauffe. A chaque mètre, moins de lumière. Une odeur âcre et désagréable emplit l’air, de plus en plus vicié alors que je m’enfonce. Sans doute du guano de nosferapti. Au moins, ça confirme qu’il y en a. Je ne pas vraiment où je descends, la lampe n’éclaire que la paroi moite devant moi. Des bruits suspects se font entendre plus bas, dans mon dos. Plus bas, l’ouverture se resserre assez vite, diminuant drastiquement la luminosité, confirmant l’impression oppressante des lieux. Enfin, la pente s’adoucit un peu, et je peux me retourner. Je suis sur un petit piton rocheux, à peu près à mi-chemin, à en juger par le compteur. Je colle un marqueur réfléchissant sur le piton, pour le retour. Puis je me remets à descendre.
Mais je dérape.

La corde m’échappe des mains, et le dévidoir laissé à lui-même se laisse aller. Je tombe. Par un réflexe miraculeux, j’arrive à cogner la sécurité de la poulie, qui se coince. La corde ballante me projette contre la paroi de l’antre, me coupant la respiration. Je sens toutes mes articulations hurler d’indignation contre ce traitement. Je reste ainsi accroché dans le vide pendant plusieurs minutes, cherchant mon souffle dans l’air fétide, mes côtes gauches endolories. L’eau qui goutte d’en haut a trempé ma blouse, qui me colle aux omoplates. Le sol n’est plus qu’à une petite dizaine de mètres, mais j’ai bien failli en faire la connaissance trop vite. Puis, un peu remis, je me laisse lentement glisser en débloquant à moitié la sécurité de la poulie… En même temps, ça m’apprendra à m’improviser spéléologue à mon âge. Je touche le sol, effectivement poisseux de merde de chovsouris. Quelle idée fameuse, vraiment. Je balaye le sol avec la lampe torche. Plus loin, je devine que la tâche obscure sur le sol est un nouveau coude du puis, qui se remet à descendre. Le petit ruisseau serpente dans sa direction, et je décide de le suivre. De nouveau, les bruits. Un raclement, un bruissement. Je n’en mène pas large. Je cherche un peu fébrilement la ball d’ID :err à ma ceinture. Après tout, c’est à ça qu’il est censé servir…

Arrivé devant le prochain coude, qui a l’air aussi profond que le précédent, je réfléchis un instant sur la marche à suivre. Un peu plus loin, la grotte se prolonge sur le même niveau. Il y a sans doute des nosferaptis à ce niveau, ce n’est sans doute pas la peine d’aller plus profond… Je fais sortir ID :err de sa pokéball. Ses yeux s’illuminent, projetant une lueur pâle sur le mur. Il touche lourdement le sol. Le bang résonne en écho dans toute la grotte.

« Chhhhhttt », sifflé-je, avant de réaliser ma bêtise.

« IDENTIFICATION : ERROR », s’égosille joyeusement mon porygon.

Le silence retombe quelques secondes plus tard, après que l’écho se calme enfin. Un silence de tombeau, à peine troublé par le plicplic des gouttes d’eau tombant du plafond. D’ailleurs, tiens, le plafond. Un filet de sueur froide me parcourt l’échine, alors que les bruits reprennent, tous proches, grouillements et crissements étouffés. Des cris sourds, pétrifiants et crispants. Lentement, je lève la tête, balayant le plafond avec ma lampe…

Modération
  • Apparition de pokémon sauvage


  • Dernière édition par Garand Worlov le Mer 8 Avr - 22:49, édité 5 fois
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    Lun 16 Mar - 4:04
    PNJ Destiné

    Messages : 18443

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    Le membre 'Garand Worlov' a effectué l'action suivante : Destin

    'Pokemon' :

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    Mar 17 Mar - 11:39
    PNJ MJ

    Messages : 2505

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    Un Nosferapti vous repère et passe au-dessus de vous à plusieurs reprises. Qu'allez-vous faire ? Attaquer ou fuir ?
    Nosferapti ♂
    lvl 20 - Poison|Vol

    PV. 45 (+25)
    ATQ. 48 (+25)
    DEF. 43 (+25)
    ATQ SPEC. 40 (+25)
    DEF SPEC. 45 (+25)
    VTS. 53 (+25)


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    Invité
    Mar 17 Mar - 19:28



    worlov
    Face au vampire

    Un essaim de nosféraptis grouille au dessus de ma tête, et s'envole dans un rugissement d'ailes. Les pokémons nous encerclent dans une avalanche de sifflements stridents. Ils sont furieux d'être dérangés, et ça se sent. Je me plaque contre un mur de la grotte, repoussant à grands moulinets les chovsouris enragées qui se précipitent contre moi. L'une d'entre elle se montre particulièrement insistante, essaie de me mordre à travers la toile épaisse de ma blouse. D'un revers de main, je la rejette au loin, mais ça ne la calme aucunement, et elle revient à la charge. Du coin de l’œil, je remarque qu'ID:err n'a pas fait le moindre mouvement, pourtant lui aussi secoué par les nosféraptis. Les choses vont mal, les morsures de nosférapti peuvent causer un épuisement assez rapide, je ne dois pas les laisser faire. Mais impossible de les calmer maintenant. Elles doivent sentir que je suis isolé et se dire que c'est une bonne occasion de se faire un petit festin. Par chance, elles n'attaquent pas encore directement ID:err. S'il continue à rester calme comme ça, on peut peut-être éviter la catastrophe. il suffit que le module de combat s'enclenche. Après tout, ces nosféraptis ne peuvent pas être bien forts...

    Entre deux claques aux chovsouris trop audacieuses, je sors mon Handy505 et lance un scan, pour confirmer cette supposition, sur la sale bête qui n'arrête pas de recommencer son insistante charge contre moi. Ce que je vois me pétrifie. Le volet "combat" du pokédex estime le niveau du nosférapti à 20. 4 fois plus qu'ID:err. C'est la catastrophe. Si toutes les autres sont de cet acabit, je suis très mal parti. Il faut que je rapelle mon porygon, il va se faire briser en un instant s'il engage le combat! J'avance comme je peux pour récupérer sa pokéball au sol, mais l'odieuse bestiole qui me traque et semblerait presque avoir compris ce que je veux faire, vient se cogner de plein fouet dessus en tentant de me mordre la main et fait rouler la ball plus loin dans la grotte. Un autre nosférapti me griffe le visage de ses petites dents pointues avant que je ne la chasse d'un coup de coude. Je me mets à genoux sur le sol souillé pour tenter de me protéger les yeux et d'avancer vers la ball, que ma lampe un peu faible ne me permet pas de voir dans l'obscurité et le torrent d'ailes qui m'entoure. Ces cris, pitié, qu'ils arrêtent!

    Mais ils ne cessent pas, et la situation empire soudain encore un peu plus, quand ID :err, ayant enfin lancé une analyse de ses alentours, réalise qu’il est dans une situation de combat. Il adopte la forme offensive et déclenche son bip d’engagement. Et commence à tourner la tête dans tous les sens à toute vitesse, l’acquisiteur de cible probablement incapable de se décider. Je pousse un hurlement furieux et me relève, scalpel en main, zébrant l’air autour de moi pour courir vers la ball de porygon. Plus le temps pour la finesse. Trop tard. Le vil nosférapti qui m’a pris pour cible a entendu le cri de porygon, et il se précipite sur lui ! Il faut que je l’empêche de l’atteindre coûte que coûte.

    Pour moi, le temps semble se figer, alors que la créature assoiffée de sang fonce ailes repliées sur 35 années de travail incessant. Je cours, lance mon scalpel, qui siffle dans l’air et manque le vampire pour rebondir dans les ténèbres quelques mètres plus loin. ID :err se met à luire, ayant détecté et verrouillé la menace en approche. Habilement, par une chance inouïe, il esquive la première frappe de son adversaire, un mouvement similaire à celui qui l’avait envoyé contre la cheminée chez moi.  Il va lancer une contre-attaque. Mais quoi qu’il puisse faire, il n’a aucune chance. En un instant, je comprends la dernière chose encore  possible, alors que le dangereux nosférapti prépare son second passage. D’un coup de sacoche, je repousse au loin les autres pokémons qui continuent de me harasser, saisis dedans l’une des super ball, toujours vociférant de frustration et d’inquiétude, et la lance en direction de la redoutable chovsouris.

    Modération

  • ID: err engage le combat
  • ID: err utilise une attaque aléatoire
  • Utilisation d'une Super Ball.

    Porygon
    Niveau 5 - normal
    Pts.Vie. 33
    Attaque. 30
    Défense. 35
    Atk.Spé. 43
    Déf.Spé. 38
    Vitesse.  20
    Expérience : 0/3
    Bonheur : 15/100
    Capacités :
    Conversion2 (normal)
    Charge (normal)
    Conversion (normal)
    Affûtage (normal)

    Bonus: Bonheur+5 (8/03/2015) lien
  • avatar
    Mer 18 Mar - 18:11
    PNJ MJ

    Messages : 2505

    Voir le profil de l'utilisateur
    Porygon
    Niveau 5 - normal

    Pts.Vie. 33 - 33 = K.O
    Attaque. 30
    Défense. 35
    Atk.Spé. 43
    Déf.Spé. 38
    Vitesse.  20
    Nosferapti ♂
    lvl 20 - Poison|Vol

    PV. 45
    ATQ. 48
    DEF. 43
    ATQ SPEC. 40
    DEF SPEC. 45
    VTS. 53
    Nosferapti est le Pokemon le plus rapide.

    Combat
    Nosferapti utilise Morsure.
    Porygon perd 33 PV.
    Porygon est K.O.
    Porygon perd 2 points bonheurs.

    Capture
    La probabilité de capturer le pokémon est de 50% ! La capture échoue. Veuillez retirer une superball de votre inventaire. (1)

    Récapitulatif calcule
    Morsure de Nosferapti : 48 x 60 / 35 / 2.5 = 32.91


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    Invité
    Dim 29 Mar - 20:26





    worlov

    Lutter pour sortir


    Trop tard. D’une fraction de seconde peut-être, mais trop tard. Le missile vivant frappe ID :err de plein fouet cette fois-ci, plante ses crocs profondément sur la surface lisse de mon porygon, qui se fissure sous l’impact dans un claquement effroyable. L’instant d’après, le faisceau d’énergie de la ball envahit l’antre, aveuglante lumière dans les ténèbres moites de la grotte. Curieusement, les nosféraptis aveugles s’affolent comme s’ils sentaient la lumière les toucher. La Ball se referme, roule sur le sol. Je ne perds même pas de temps à compter, et me précipite sur ID :err, qui git sur le flanc, quelques mètres plus loin. Je trébuche sur un caillou et tombe à plat ventre sur le sol souillé. Ma lampe s’éteint.  Au moment où je l’atteins, le sceau de la super ball éclate. Le nosférapti s’est échappé !
    Nouvelle lumière intense, j’en profite pour sauter sur la ball d’ID :err toujours sur le sol et le rappeler. Ce mouvement brusque m’arrache un grognement de douleur alors que ma jambe s'érafle sur le sol et bute contre une pierre aiguë. Il faut que je quitte cet endroit, au plus vite. Le vampire est face à moi dans les ténèbres, mais le bruit de ses ailes s’éloigne rapidement. Les autres chovsouris sont parties aussi. Le calme retombe. On dirait que le flash de la ball et le trauma de la capture les a mis en fuite. Je reste sur le qui-vive quelques minutes encore, sentant tout mon corps trembler, le souffle rauque et sifflant. Mon tibia est douloureux et poisseux, sans doute une blessure ouverte. Mon corps n’est décidément plus fait pour ce genre de choses. Sur mon bras, une trace de morsure, qui semble légère heureusement. Ma blouse est maculée de merde de nosferapti et de déchirures multiples. Splendide. Je tapote sur ma lampe, qui, miracle, n’est pas cassée et se rallume. Je cherche quelques minutes mon scalpel sur le sol, finit par le trouver, et me mets en marche en boitant vers l’entrée. Il n’y a plus un son, mais je ne peux m’empêcher de me sentir traqué. De la grotte entière sourd une hostilité silencieuse, que je ressens dans l’air fétide et humide, sur les pierres ruisselantes et l’obscurité tenace qui m’entoure. Je retrouve l’entrée du puits. La faible lueur du jour me parait bien lointaine.
    Je cherche une prise et commence à escalader. Mes bras m’élancent, l’épuisement guette. Mais je ne peux PAS rester ici. Ignorant la douleur, mes poumons qui s’insurgent de la faible quantité d’oxygène qui leur est fournie, ma jambe blessée, la morsure lénifiante, mes mains fouillent la roche humide, mon poids bascule, et je monte. L’énergie du désespoir, une folie enragée qui n’a qu’une seule chose à l’esprit : ID :err. Est-ce qu’il est endommagé ? Est-ce qu’il pourrait avoir été détruit par l’impact ? Paradoxalement, ce n’est même pas tant ma propre sécurité qui me préoccupe, mais bien de savoir si mon travail n’est pas menacé. Alors je monte. Je trébuche, me rattrape d’une main, sens mon poignet craquer, me hisse à nouveau. Je monte. La corde s’enroule dans la poulie, facilitant mon travail, tandis que mes bottes dérapent et glissent sur les anfractuosités lisses de la paroi. Le filet d’eau qui coule de la surface me tombe obstinément sur le crâne et le dos,  je l’ignore. Je monte.
    Mais ma vision se brouille peu à peu, mes forces me quittent à chaque instant. L’effet du venin de nosferapti. Le délire viendra après. J’atteins le marqueur coloré que j’ai laissé sur le piton rocheux en descendant, où je m’allonge en bloquant la poulie en position tendue, puis je m’évanouis.

    Je reprends connaissance, désorienté. Je suis trempé. L’humidité de la grotte m’a pénétré jusqu’à l’os. Je lève la tête. Aucune lumière. Il doit faire nuit. Je réalise que je me balance dans le vide. Un sentiment de vertige et de peur panique m'envahit, avant que je parvienne à regagner la paroi en m’agitant en tous sens. ID :err. Il faut que je m’en occupe. Au moins extraire ses données.
    Des années à ruiner ma vie pour ça. Pourquoi ai-je été aussi stupide ? Là ce n’était « que » des nosféraptis, mais qu’est-ce qui serait advenu si un grolem s’était explosé dessus ? Je suis furieux contre moi-même. Un comportement de jeune con débutant, incapable d’anticiper les difficultés. Intolérable. La colère m’aide alors que je reprends mon ascension, péniblement. Le puits me semble sans fond, et l'absence de clarté me donne l'impression d'être enterré vivant dans un enfer poisseux. Alors que je remonte, la température s'abaisse, jusqu'à devenir désagréablement glaciale.
    Je ne sais exactement quand mes mains trouvèrent la sortie du trou, je ne le réalise pas pleinement tout d'abord. Puis je me soulève avec mes dernières forces dans la nuit froide, hors de cette gueule monstrueuse qui m'a avalé. Je me laisse rouler sur le sol, éclate d’un rire nerveux, irrépressible, qui me ravage les côtes. Je tousse, goutte l’air frigorifiant à pleine gorgées, la tête dans la poussière neigeuse des abords de l’antre. Je reste un temps incertain immobile, accablé de fatigue. Puis je rampe jusqu’au sapin pour en détacher la corde, que j’enroule méthodiquement avec une application hébétée avant de la ranger dans mon sac.  
    Je frissonne, le froid sur mes vêtements trempés est insupportable. Plus titubant que marchant, je retrouve le sentier que j’ai pris à l'aller.  Mon corps tout entier voudrait rester immobile, mais je ne peux pas me le permettre. Rester dans mon état par une nuit glaciale est tout sauf une bonne idée. Je ne suis pas au bout de mes peines. Encore heureux, il ne neige pas. Je sens peu à peu ma conscience s’évaporer alors que ma marche devient automatique. Autour de moi, des ombres mauvaises, je ne sais s’il s’agit d’arbres ou si les nosferaptis m’ont accompagné à l’extérieur. Un sifflement surnaturel accompagne mes pas. Devant mes yeux se dresse soudain une silhouette familière. Je tente d’appeler, mais seul un grincement éraillé sort de ma gorge. Je reconnais alors la veste grise de mon père, qui s’évanouit pour laisser place à un ossatueur aux yeux enflammés. Je rugis comme une bête fauve, m’élance vers le pokémon qui disparait dès que je l’atteins, alors qu’autour de moi la route s’incline pour devenir un nouveau mur. Me revoilà dans la grotte ?
    Je bondis sur la paroi, mes mains comme des griffes raclent la pierre gelée. Un de mes ongles casse. Je ne sens rien que la fureur face à ce nouveau défi. Mais j’escaladerai aussi ce sentier. Je monterai.

    Je ne sais depuis combien de temps je gravis cette paroi odieuse. Panique, désespoir, folie. Autour de moi, je sens les centaines de regards ardents de monstres horribles qui attendent que je m’effondre. De temps en temps, en amont, la silhouette honnie de mon père revient. Et à chaque fois, je regagne un peu de forces pour tenter d’aller la pourfendre, mains crochues se propulsant sur la rocaille givrée que j’arpente.
    Enfin, le sommet. Une étendue sombre, inconnue. Il n’y a rien. Je ne vois rien. J’erre alors dans ce vide obscur, à la frontière entre le rêve et la conscience, pendant un temps qui me semble des heures. Mon père a disparu à nouveau. Je tourne la tête, perdu. A quelques mètres de moi se tient Garand Worlov. Tel que je l’ai vu la dernière fois, son air concentré et sûr de lui. Il me regarde, un peu surpris de mon allure pathétique. Il ne dit rien. Son sablaireau est assis à ses pieds et se gratte l’oreille tranquillement.  Je distingue alors dans le dos de Worlov deux infimes lueurs, qui grandissent, comme deux yeux. Ces yeux brillent de plus en plus fort, une apparition terrifiante qui évapore mon ami dans la nuit. La lumière m’aveugle, et je tombe en arrière. Retour au néant.

    Lumière. Douce, indirecte. Je suis allongé. Un lit. Lieu inconnu. Où suis-je ? Il fait jour. Je remue vaguement. Mon tibia se rappelle à moi. Je soulève les draps. Un bandage propre. Mon bras également, là où j’ai été mordu, et des pansements sur deux de mes doigts aux ongles cassés. Je passe ma main sur mon visage, et sent alors un bandage supplémentaire, qui fait le tour de ma tête. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Mes souvenirs reviennent. L’antre. Les nosferaptis, l’ascension, le délire à cause du venin. Et une chute. Quelqu’un m’aura trouvé. Une pensée jaillit comme une explosion dans ma tête: ID :err. Je bondis comme un diable hors de ma boîte, sentant les diverses blessures protester. J’inspecte la pièce du regard à la recherche de mes affaires. Alors que je suis debout, la porte s’ouvre. Je me retourne, et tombe nez à nez avec le guide Tarmois qui m’a conduit jusqu'à ma cabane il y a quelques jours.

    « Holà, vous ne devriez pas être debout, monsieur ! »

    « Où est mon pokémon ? Mes affaires ! »

    « Du calme, du calme, on a toutes vos choses. Tout n’est pas en super état, mais c’est là. Asseyez-vous s’il vous plait ».


    De toute façon un léger vertige m’y contraint. Je me laisse tomber sur le lit.

    « Là, merci,dit le guide, comme s'il parlait à un gosse. Je vais vous chercher vos affaires. Vous avez été inconscient un certain temps, vous savez ? »

    « Combien de temps ? Et, où suis-je ? »,Parvins-je à dire, un peu péniblement.

    « Vous êtes au refuge de la route 12, depuis avant-hier. Quelqu’un qui montait à Tarme vous a trouvé allongé sur la route et vous a amené ici, c’était l’endroit le plus proche. On a hésité à vous faire hospitaliser, mais le tenancier a été infirmier, il a dit que c’était pas forcément génial de vous déplacer. Comme vous aviez tout le matos pour vous rafistoler sur vous, il a fait ça ici. C’est pas bête, après tout, d’embarquer une trousse de secours en expédition. »

    « C’est du matériel de dissection, ignare… »

    « Vous dites ? »


    Je souris aimablement pour toute réponse, et le guide idiot souris en retour.

    « Dites, comment vous avez fait pour vous retrouver comme ça ? Mauvaise expérience à l’antre de la Morna, on dirait ? Vous étiez trempé, couvert de sang et d’un truc dégueulasse qui sentait comme la mort. »

    « Problème avec des nosféraptis. »

    « Bon ben c’est rassurant,répond le type sur un ton un peu vexé par ma réponse évasive. C’est ce qu’avait déduit le patron du refuge. Il vous a administré un anti-venin pour ça. Il est occupé, là, mais il va venir vous voir maintenant que vous êtes réveillé. »

    Je réfléchis un instant. Quelle ironie. L’anti-venin moderne contre la nosféraptine, c’est moi qui l’ai mis au point. Et ça ne m’a même pas traversé l’esprit que je pourrais en avoir besoin en allant tenter de capturer une chovsouris. Ce biais de Kanto, où elles sont si petites et inoffensives, sans doute. Plus drôle encore, j’avais sur moi de quoi intoxiquer une armée, et j’ai réussi à me faire avoir par une dose minime d’un poison qui n’est même pas à moi.
    Le guide sort et referme la porte. Je suis toujours un peu désorienté. Il fait beau dehors, sans doute un début d’après-midi.
    Peu de temps après arrive un homme barbu, la silhouette solide des gens du coin et les traits un peu rudes ; sans doute le tenancier du refuge, avec mes affaires dans les bras. Il m’explique comment il a traité mes blessures, ce dont je le remercie. Il a fait venir un médecin de Wilma, qui a confirmé qu'elles n’avaient pas l’air trop grave mais que je devais éviter de bouger autant que possible. Je l’interroge sur mon pokémon, et il me répond qu’ils n’ont touché à rien, sinon mon « matériel médical », et qu’ils ont nettoyé mes vêtements, même s’il reste les déchirures pour lesquelles ils n’ont rien pu faire.
    Finalement, il s’en va en me laissant mes affaires, me conseillant de me reposer encore, ce que je fais. Finalement, en début de soirée, alors que je commence à me sentir de nouveau en forme, je m’habille, constatant que certaines traces tenaces maculent encore mes vêtements. Ma blouse est triste à voir, mes bottes pire encore. Je boucle ma ceinture, récupère mon sac, vérifiant que mes affaires sont encore bien dedans. Mon portefeuille est toujours plein.
    Je dîne au refuge, décidant de rentrer à Tarme avec le guide, qui fera la route pendant la nuit dans un antique minivan Rodolfwagen beige. Je les paie tous deux pour leur aide, un peu à contrecœur mais sans le montrer. Après tout, je ne suis pas riche et j’ai des choses plus importantes à acheter que mon confort.
    Je m’endors sur le siège du minibus, et ne me réveille que quand le guide me secoue légèrement pour me signaler que nous sommes arrivés au sentier Tomberoche. Je le remercie, le paie à nouveau pour le dérangement, embarque mon sac et descends dans la nuit décidément polaire de Tarme.
    Je dégage mon entrée encombrée d’une certaine quantité de poudreuse et regagne ma cabane, avant d’aller directement me coucher.
    Le lendemain, je me sens à nouveau un véritable être vivant. Je m’occupe tout d’abord de changer mes bandages, me débarrasse de celui qui m’enserre la tête que je trouve clairement superflu, après avoir pris une longue douche et enfilé une blouse propre, un vrai soulagement.
    Me voilà prêt à affronter le vrai problème. La main tremblante, je récupère la ball dans mon sac. La surface de la sphère est encore tachée par la crasse du sol de l’antre de la Morna, que je nettoie fébrilement. Puis je lance la ball. ID :err en sort et s’écrase sur le sol avec un bruit sourd. Aucune réaction de sa part. Les traces de morsures sur son corps sont bien visibles, le nosferapti a vraiment frappé fort. Bien entendu, pas question que le flight assist soit encore actif. A grand peine, je hisse la masse de mon pokémon sur le bureau, à côté du moniteur, et entreprends de le nettoyer, évitant soigneusement la zone endommagée. Je connecte ID :err au moniteur, que j'allume. Un flot de rapports d’erreur envahit l’écran, alors que surgissent divers avertissements aux quatre coins de ce dernier. Je parcours les listes de statut. L’évaluation d’état du pokémon est critique. Plus fébrile encore, je cherche les fichiers mémoire, et défaillis presque de soulagement en voyant qu’il n’y a pas d’erreur majeure de mémoire. La « boîte » a tenu. Il n’y a plus qu’à réparer…
    Ce qui peut prendre des mois.

    Suite

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